Profitumconseil TICPE Expert - Embauches. Le ras-le-bol d'un patron
Embauches. Le ras-le-bol d'un patron

Embauches. Le ras-le-bol d'un patron

« Ça nous travaille. Ça nous prend la tête même. Et ça fait deux ans que ça dure ! ». Guillaume Hello, 33 ans, a la mine des mauvais jours. Gérant de la société de transports, de travaux publics et de travaux agricoles éponyme à Pont-Scorff (Morbihan), il rencontre depuis vingt-quatre mois des difficultés de recrutement. « On nous bassine avec le chômage ou les difficultés pour les seniors ou les jeunes à trouver un emploi. Mais on ne parle pas des postes qui restent vacants. » Un coup de gueule de l'entrepreneur morbihannais dont la société, fondée par son arrière-grand-père en 1947, emploie 20 personnes. Des salariés, tous polyvalents, qui effectuent des journées à rallonge ces derniers temps. Pourquoi ? « Parce que l'on manque de main-d'oeuvre. Ils travaillent plus que ce qu'ils devraient. Il nous faudrait quatre à cinq employés de plus pour être bien. Là, on refuse des marchés, et ça ralentit notre croissance », précise le patron. L'an passé, sa société a réalisé un chiffre d'affaires de 1,3 million d'euros. Pour recruter, sa femme, Dorothée Hello, qui travaille à ses côtés, explique avoir fait tout ce qui était possible. « Pôle Emploi, le Bon Coin, Facebook... On a tiré dans tous les sens. Sans résultat pour l'instant. » « C'est désespérant, d'autant que nos métiers sont relativement bien rémunérés. Dès l'arrivée dans l'entreprise, un chauffeur routier touche environ 2.200 euros net et un ouvrier agricole 1.800 euros. On est également prêt à former des jeunes », reprend Guillaume Hello.
« Promouvoir nos métiers ! »

Pour expliquer ces postes non pourvus, Guillaume Hello avance « un problème de fond : la dévalorisation de nos métiers, que ce soit ceux en rapport avec le monde agricole ou avec le transport routier. Il faut les promouvoir ! ». « C'est vrai que l'on donne une image négative de nos métiers et de leurs conditions de travail dans les écoles, collèges ou lycées. Pourtant, les engins agricoles sont de plus en plus confortables, de plus en plus automatisés. Le métier est bien moins pénible que ce qu'il a été », confirme Jean-Marc Leroux, de la Fédération nationale des entrepreneurs des territoires, organisme représentant les entreprises de travaux agricoles.
3.000 chauffeurs routiers recherchés en Bretagne

Côté transporteurs routiers, mêmes causes, mêmes effets. « 80 % des conducteurs et conductrices dorment chez eux tous les soirs. On a une autonomie de travail, du contact avec ses collègues et ses interlocuteurs. C'est un vrai métier, un métier d'avenir. Malgré tout, des clichés persistent », estime Anthony Rouxel, délégué régional de la Fédération nationale des transports routiers. Ajoutez à cela des départs à la retraite en hausse, « quasiment 1.000 chaque année depuis 2008 en Bretagne », et vous obtenez ce résultat. « Aujourd'hui, au niveau régional, il manque 3.000 conducteurs routiers », ajoute-t-il. Illustration chez les Hello. « Certaines semaines, deux camions restent au garage. Je n'ai pas de chauffeurs pour remplacer mes employés, et je ne vais quand même pas les empêcher de prendre des vacances ! », regrette
le chef d'entreprise.
« Désabusés »
Jean-Marc Leroux rappelle que toutes les sociétés agricoles cotisent pour la structure Association emploi formation (AEF), présente dans chaque département. « En publiant sur ce site les offres d'emploi, on peut déterminer quand un métier est "en tension", qu'il a un besoin urgent de main-d'oeuvre. Si c'est le cas, le préfet est alerté et peut mettre en place des mesures aux côtés de Pôle Emploi ». À la Fédération nationale des transports routiers, on assure vouloir « s'attacher à trouver des solutions face à ce problème de recrutement » dès septembre. Cela est-il suffisant ? Pas sûr, selon Guillaume et Dorothée Hello. « Même si on veut rester optimiste, on a le sentiment d'avoir tout essayé », disent-ils. En attendant les recrutements espérés, Guillaume Hello met la main à la pâte. « Ces derniers temps, j'ai été obligé de conduire un camion moi-même jusqu'à l'autre bout de la France, tout en continuant à gérer l'entreprise. C'est usant. »

article original : https://www.letelegramme.fr/bretagne/embauches-le-ras-le-bol-d-un-patron-04-08-2017-11618613.php

08.06.2019

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